Grands témoins

Jour : vendredi 30 janvier 2015

Heure : 18h

Lieu : Scène de l’Agora des Métiers - salle Emile Laffon


Animation : Jean Hugues Hermant (Direction Développement Durable, Veolia)

 

Intervenants :

 

Aminata Niane

- Conseillère du Vice-Président. Infrastructures, Secteur Privé et Intégration régionale de la Banque Africaine de Développement depuis 2013

- Membre du Conseil spécial du Président de la République du Sénégal depuis 2010

 

Jean-Michel Severino

- Gérant de l’équipe de gestion de fonds Investisseurs et Partenaires

- Directeur Général de l’Agence Française de Développement de 2001 à 2010

- Directeur Europe Centrale et Vice-Président Asie de la Banque Mondiale de 1996 à 2000

 

L’objectif de la session Grands Témoins est de faire témoigner les personnalités invitées pour qu’elles apportent leurs témoignages d’experts et partagent leur vision de la coopération internationale au regard de leurs expériences dans le domaine du développement.

 

La session a débuté par quelques grandes questions ouvertes qui ont laissé la part belle aux questions des participants par la suite.

 


Que voulez-vous dire aux jeunes qui souhaitent travailler dans le domaine des services essentiels ?

 

Aminata Niane raconte qu’elle a elle-même bénéficié de conseils de la part de professionnels quand elle était étudiante. Aujourd’hui elle est à la Banque Africaine de Développement depuis 1 an et demi pour appuyer l’intégration régionale en Afrique et les projets d’Infrastructures. Une autre de ses missions est de transférer le siège de Tunis à Abidjan. Avant cela, elle a géré de grands projets d’infrastructures au Sénégal. Elle a fait ses études en France et en Angleterre puis a décidé de rentrer travailler au Sénégal pour contribuer à l’essor du pays en développement. Pour elle, l’Afrique est le « pôle de croissance », tout est à faire. Les bases sont en construction : les énergies (renouvelables, propres), les infrastructures (ports, aéroports), dans le secteur public (législation à moderniser) et privé (tourisme, etc.). L’Afrique est en pleine croissance ; pour les jeunes diplômés ce sont des perspectives qui doivent rassurer.

 

Jean-Michel Severino : Il est né, à grandi et étudié en Côte d’Ivoire. Il estime que les jeunes sont chanceux aujourd’hui, car autrefois « développement » signifiait désespoir. Aujourd’hui, nous avons la chance d’être la génération qui met fin à la pauvreté absolue sur la planète. Si nous savons développer de bonnes dynamiques économiques, tisser des liens entre les communautés, nous aurons une planète où l’on ne connaîtra plus la pauvreté absolue. Quand on parlera de ce résultat, il y aura 8 milliards d’habitants. Les métiers qui nous concernent sont primordiaux, car les enjeux de l’eau, l’électricité, les infrastructures de transport, etc. sont le cœur de ce développement. Ces métiers génèrent des emplois et créent de la richesse et ces investissements sont des investissements-clés pour les défis environnementaux. Ces métiers sont au cœur de l’agenda du développement durable. Plus qu’hier, il est possible de se dire que l’on peut y contribuer. Avant, les économies des pays en développement se contractaient, il fallait relancer les finances publiques ; le rôle du secteur privé était marginal. Aujourd’hui, on peut contribuer au développement en étant dans des entreprises petites ou grandes, et pas seulement dans les administrations des Etats, les ONG ou chez les bailleurs de fonds. On peut ainsi travailler chez Veolia et contribuer au développement de manière égale. Ce sont les mêmes finalités pour aller vers les mêmes victoires.

 

Aminata Niane confirme ce renouveau du développement, avec le secteur privé. Son parcours le prouve (structures privées et publiques), avec pour fil conducteur le développement.

 

Quels sont les grands enjeux dans les services publics des pays en développement ?

 

AN : Un des premiers enjeux est le développement humain : pouvoir évoluer décemment, dans des bonnes conditions de vie (accès à l’eau, éducation des enfants, etc.). Pour pouvoir bien développer ces conditions, il faut des programmes politiques à court, moyen et long terme. Souvent, on s’appesantit sur le social à court terme. Il faut aussi s’appuyer sur les infrastructures à long terme (électricité, transport, etc.). C’est un défi à relever si l’on veut que l’Afrique atteigne les objectifs du millénaire. Les nouvelles technologies vont aider à accélérer et réduire le gap (dans l’éducation par exemple, le déficit en enseignants et infrastructures doit être comblé).

Un autre défi est l’autosuffisance alimentaire : il y a suffisamment de ressources et pourtant on importe ce que l’on mange. Ce sont des pays avec beaucoup de ressources (minières notamment). Mais comment faire pour que ces ressources profitent aux habitants ? Cela serait possible avec une agriculture et une technologie adaptée.

 

JMS : Il y a un champ très fructueux de coopération entre collectivités du Nord et du Sud, et entre celles du Sud. Ces structures locales doivent être efficaces et performantes, et particulièrement pour que les villes soient bien gérées.

 

Comment voyez-vous l’impact des firmes multinationales sur le développement ? Et pourquoi continue-t-on à signer des accords de libre échange ?

 

JMS : il y a des points de vue divergents sur les effets du libre-échange. Les pays en développement sont les principaux moteurs de la demande d’accords de libre-échange. Cette dynamique d’ouverture du libre-échange est enracinée dans l’agenda du développement. Ce sont plutôt les pays industrialisés qui sont contre l’ouverture du libre échange (pour protéger leur agriculture notamment). Il y a beaucoup de paradoxes sur l’agenda du développement.

Concernant les multinationales, elles sont diverses : des extracteurs de ressources naturels aux sociétés qui gèrent des services essentiels, etc. Il est difficile d’avoir un regard synthétique. Les multinationales ont apporté de grandes contributions au développement mondial. Le plus gros du développement de l’Afrique, d’Amérique du Sud vient des PME locales. L’agenda le plus excitant dans ce domaine est le développement de ce système privé.

 

AN : De façon pragmatique, les pays en développement ont besoin de l’investissement des multinationales. Elle a elle-même passé du temps à convaincre ces firmes à investir dans son pays. La firme multinationale fait émerger des PME locales en cluster, opère des transferts de technologie. Il faut seulement encadrer et limiter les abus qui ont pu apparaître dans différents pays. Mais globalement, il y a plus d’avantages que d’inconvénients. Les politiques doivent seulement encadrer la pratique.

Concernant le libre-échange, nous ne pouvons plus être dans un monde où chacun s’enferme. Tout le monde a besoin d’importer et d’exporter, ces échanges doivent seulement être gagnant-gagnant. Il faut dépassionner les débats et voir de façon pragmatique comment ces échanges peuvent être bénéfiques.

 

Est-ce que ce ne sont pas les gouvernements qui définissent (bien ou mal) les règles du jeu ?

Quels seraient les obstacles à la réussite des politiques d’infrastructures en Afrique ? Car il y a tous les ingrédients : volonté, ressources. Et pourtant nous n’avons pas atteint tous les objectifs.

 

AN : Les règles du jeu ont changé. Nous ne sommes plus dans des contextes d’ajustements structurels, de guerre froide. En Afrique, il y a une ouverture, un renforcement des institutions. Ce sont les peuples qui décident, car ce sont eux qui élisent leurs gouvernements.

Le plus important est de regarder l’avenir ; aujourd’hui, les chefs d’états sont conscients des besoins de leur population. Il y a de bonnes études de la Banque Mondiale sur les besoins par pays et par secteurs, il faut maintenant que les firmes multinationales prennent des risques pour investir dans ces domaines.

 

JMS : Il ne s’est rien fait en infrastructures sur le continent africain de 1970 à 2000. Le volume investi en infrastructures était la simple maintenance des installations. Le retard pris par le continent est abyssal. Depuis 2000, on assiste à une reprise des investissements dans les infrastructures, mais insuffisante pour ET rattraper le retard ET opérer des investissements futurs. Il faudrait doubler les efforts. Qu’est-ce qui les en empêche ? Les investissements d’une part, même si aujourd’hui les taux d’intérêt bas permettent les investissements. En 10 ans, l’Afrique subsaharienne a investi 300 000 milliards de dollars supplémentaires. Mais même cela ne suffit pas, les pays africains, malgré leurs fortes croissance, ne peuvent augmenter leur budget permettant d’être à la hauteur d’autres pays.  Après 3, 4 décennies de croissance rapide, même l’Asie n’a pas atteint un niveau de développement optimal.

Le domaine le plus problématique est celui de l’énergie : les besoins sont criants, et pourtant les politiques tarifaires ne permettant pas l’accès à tous. Il y a beaucoup de tensions entre les opérateurs et les gouvernements. On est dépassé par la croissance démographique. Chaque investissement qui n’est pas fait, ce sont des enfants supplémentaires qui n’auront pas accès à ce service. Ces problèmes existent dans le domaine de l’eau, où les projets demandent du temps. Le domaine peut-être le plus « facile » est celui des transports où il y a des investissements privés.

On est sur un schéma de progrès et d’optimisme, même si on peut éprouver de la frustration sur le temps nécessaire à ces investissements.

 

Idées clés

L’Afrique représente un « pôle de croissance » où tout reste à construire : les énergies (renouvelables, propres), les infrastructures (ports, aéroports), dans le secteur public (législation à moderniser) et privé (tourisme, etc.). Pour les jeunes diplômés ce sont des perspectives qui doivent rassurer. Même s’il est difficile de rattraper le retard pris en termes d’infrastructures, on constate un essor du secteur privé dans le domaine du développement ces dernières années. 

 

Depuis 2000, on assiste à une reprise des investissements dans les infrastructures, mais insuffisante pour ET rattraper le retard ET opérer des investissements futurs. Il faudrait doubler les efforts.

Les nouvelles technologies vont accélérer et réduire le retard de l’Afrique en matière de développement et l’aider à atteindre les objectifs du millénaire.

 

Un autre défi est l’autosuffisance alimentaire : il y a suffisamment de ressources et pourtant on importe ce que l’on mange. Ce sont des pays avec beaucoup de ressources (minières notamment). Mais comment faire pour que ces ressources profitent aux habitants ? Cela serait possible avec une agriculture et une technologie adaptée.

 

Capitalisé par : Marie Osmont

Les commentaires

  • MarkPepZO

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