Focus Déchets

Catégorie : Focus Services Essentiels

Jour : samedi 31 janvier 2015

Heure : 11h

Lieu : Salle potiron

 

Animation : Guillaume Courtin (Croix Rouge Française), Audrey Pelerin (coordination DEFIS SUD), Na’akin Pintado (bénévole DEFIS SUD)

 

Trois scénettes sur la problématique du ramassage, du tri et de la valorisation des déchets, dans le cas d’une ville en Inde ont permis d’illustrer de façon caricaturale les relations entre une collectivité et un prestataire privé et entre les habitants qui s’organisent en association autour d’un projet de gestion des déchets.



1ere scène


Nous sommes dans la ville de Krishnagiri où un opérateur de service va rencontrer Monsieur le Maire Murthi pour lui présenter son offre de gestion des déchets pour la ville.

L’Opérateur de services vient présenter son projet de gestion globale de déchets pour votre ville de Krishnagiri. Il souhaite mettre en place le tri sélectif dans la ville afin de pouvoir recycler les matières valorisables des foyers. Pour ce faire, il faut investir dans des contenants distincts : Plastiques/cartons/papiers – résidus de cuisine.

Le maire est sceptique sur le fait de rajouter des poubelles chez les habitants : « Cela ne va pas être adapté ! »

L’opérateur répond que la solution sera très peu couteuse avec des transports mutualisés via de nouveaux camions fermés et moins polluants que les tracteurs actuels.

Le Maire s’interroge sur le coût de ces nouveaux camions et de la charge financière en plus à supporter par la mairie.

L’opérateur insiste que la filière de traitement va totalement être revue : réaménagement de la décharge sauvage, installation d’un pont bascule et d’un bureau de suivi opérationnel pour un suivi complet de la prestation. De plus, des mini composteurs seront installés afin de valoriser les déchets fermentescibles. Le compost sera certifié et pourra être utilisé par les agriculteurs de proximité !

Le maire s’attend à une petite récompense personnelle afin de le décider à choisir ce prestataire.


 

Débat /remarques sur la scène :

  • Les approches Nord parfois ne s’adaptent pas aux conditions locales. Le contexte local ici ne permet pas forcément de mettre en place le tri. Les solutions doivent être adaptées en fonction des conditions locales, de la population...
  • On doit d’abord établir une caractérisation (pour déterminer la composition des déchets). Il y a souvent plus de déchets organiques au Sud (30% au Nord, 70 à 80% dans certains pays au Sud) où la méthode du tri ne va pas être forcément adaptée.
  • Cette scène met aussi en lumière le risque de corruption. La gestion des déchets coûtant tellement cher, les élus peuvent parfois en profiter pour s’enrichir personnellement. Ce n’est pas seulement lié à la gestion des déchets, c’est un problème malheureusement présent pour tous les services essentiels.
  • La question du recouvrement des coûts et plus particulièrement de la fiscalité, n’a pas été soulevée dans la discussion. La question de l‘accompagnement tant sur l’éducation que sur la sensibilisation des populations, n’a pas non plus été évoquée par cet opérateur du Nord.
  • La question des habitants n’a pas été abordée : la réponse est à construire avec eux, pour qu’ils soient prêts à accepter quelque chose qui n’est pas leur priorité.
  • L’intégration ou non du secteur informel, n’a pas été abordée par l’opérateur. Ce secteur pourrait lui faire de la mauvaise publicité car il est constitué de personnes qui travaillent déjà en parallèle dans ce domaine. En effet les déchets restent un moyen de subsistance pour une partie importante de la population.


2e scène


Des habitants se plaignent des déchets dans leur rue depuis que le prestataire de service n’est plus payé, qu’il a rompu le contrat et récupéré tous ses matériels. Cela est notamment dû à un changement de maire qui ne conçoit plus les choses de la même façon. L’un des habitants propose que les habitants du quartier s’organisent pour trouver une solution et répondre à ce problème par eux-mêmes.

 

Débat /remarques sur la scène :

  • L’accompagnement par les politiques est nécessaire dans la durée. On met ici en relief une gouvernance qui échoue : que ce soit venant de la municipalité (instabilité politique), le manque de coordination, ou le manque de moyens donné au prestataire.
  • Un autre schéma peut se mettre en place : les habitants se mobilisent pour s’en sortir et montent leurs associations de quartier. Néanmoins cette solution n’intervient qu’en début de processus. En effet, les moyens sont ici limités et ne vont couvrir que la précollecte, de la maison d’un particulier à des contenants plus grand types bennes placées sur les axes principaux de la ville plus accessible en camions, lesquelles vont être collectées par les services municipaux qui prennent le relai à ce moment là.
  • Comment les habitants pourraient-ils se mobiliser ? En réduisant leurs déchets à la source par exemple. C’est peut-être plus difficile, car dans la majorité des cas, et malgré quelques cas particuliers, les législations n’y sont pas aussi lourdes qu’au Nord (pour les sacs plastiques par exemple). La première approche est la sensibilisation. En France, ce travail n’a commencé qu’en 1992. Le point d’entrée de ce travail reste l’éducation dans les écoles, mais elle passe aussi par la sensibilisation des élus sur le sujet.
  • Tout le monde est concerné pour aller chercher de l’eau, alors que les déchets apparaissent moins prioritaires. C’est seulement quand cela s’entasse que les usagers se posent la question.


D3E : Déchets d’Equipements Electroniques et Electriques. Dans les pays du sud la réparation des équipements électriques et électroniques est beaucoup plus développée qu’au nord. Le taux de réemploi et de réutilisation dépasse les 70 %. Néanmoins les D3E sont très polluant et doivent être séparés des autres déchets. 



3e scène

Un habitant décide de monter son association pour faire une pré-collecte. Il fait du porte à porte pour convaincre les voisins avec son projet. Il aimerait que des agents, rémunérés par les habitants, viennent collecter les déchets pour qu’il n’y ait plus de déchets dans la rue, pour 30 roupies par mois. Mais le voisin n’est pas d’accord car il dit déjà payer des impôts pour ce même service.

L’habitant va voir un autre voisin qui est enjoué par cette solution et est d’accord pour payer.

Il va ensuite voir un troisième voisin, qui lui dit qu’il y a déjà quelqu’un qui va lui ramasser les déchets et qui le paie pour récupérer ses déchets. Donc il ne veut pas payer pour ses déchets alors qu’à l’inverse, on le paie pour les récupérer.

 

Débat /remarques sur la scène :

  • Certains déchets comme les papiers, cartons, plastiques, verre sont dits valorisables et peuvent être rachetés car ils représentent une source de matière première secondaire et vont pouvoir être réinjectés par le recyclage dans la boucle de l’industrie (papeterie, plasturgie etc). Les déchets organiques quant à eux peuvent être transformés en compost. L’association de l’exemple n’a pas pris en compte cet aspect du secteur informel. Du coup, il ne leur reste plus que les déchets qui ont peu de valeur et qui vont leur couter beaucoup plus. 
  • La question de la fiscalité : pour les bidonvilles, la question ne se pose pas. En tant que zones d’habitat informelles, il n’y a pas de taxes foncières appliquées, ni de service public du type ramassage des ordures.
  • Le duo informel/formel est intéressant : au départ collectés de manière informelle, ces déchets sont revendus puis reviennent dans le secteur formel par l’industrie. Il ne faut pas penser ces deux milieux de façon cloisonnée et trouver des synergies.
  • Il y a aussi beaucoup d’informel sur les décharges : les scrapickers sur les décharges sauvages, sont souvent des enfants non scolarisés, qui récupèrent des matières valorisables pour aller les revendre sur le marché noir. 




4e scène


L’équipe municipale réalise une collecte dans un camion de ramassage de déchets. Le chauffeur ne sait pas où les déchets collectés doivent être remis. On les amène, un peu sous le coup de l’improvisation, à la décharge d’une ville voisine. Le gérant de la décharge accepte exceptionnellement qu’ils déposent leurs déchets dans cette décharge où ils font du tri (plastique, carton) et du compost. Pour les déchets non valorisables, ils sont laissés en tas à ciel ouvert.

 

Débat /remarques sur la scène :

  • Différence décharge/déchetterie : dans là décharge il n’y a plus de déchets valorisables normalement (en France : installation de stockage des déchets). On peut y récupérer des gaz comme le méthane pour en faire de l’énergie, mais le monitoring/suivi doit être très important. Les déchetteries sont elles accessibles au public qui peut y déposer ses encombrants par exemple. Il faut trouver des solutions car aujourd’hui plus personne ne veut plus de décharges.
  • Dans la scène, l’opérateur est intéressé par ce qui peut lui ramener de l’argent (les matières valorisables), et donc ne s’occupe pas des déchets non valorisables qui sont laissés n’importe où (dans la rue, dans les cours d’eau…).
  • On ne peut pas gagner de l’argent avec des déchets. Cela coûte toujours de l’argent à une collectivité. Beaucoup d’élus veulent créer de la valeur (via méthanisation, etc.) mais il faut bien faire quelque chose des autres déchets résiduels et les traiter. De plus, la collecte des déchets représente un coût pour une collectivité.
  • La gestion des déchets est une filière globale et elle doit être pensée comme tel. La première des choses est de voir quelles sont les possibilités et les étapes de la filière (prévention, sensibilisation, réemploi/réutilisation, recyclage, collecte, traitement, valorisation). Il faut intégrer la filière en entier et non seulement sur le traitement.
  • La sensibilisation est-elle plus importante que le traitement ? Où bien faut-il investir plus ? Il n’y a pas de réponse toute faite. Cela dépend des cas, des villes, des populations, des cultures, etc. Par contre, la collecte et le traitement sont des postes de dépenses très importants pour une collectivité.

 

Idées clés

  • Les déchets sont souvent considérés comme le parent pauvre des services essentiels et subissent parfois un désengagement municipal.
  • Les déchets organiques peuvent être valorisés (projets des associations Gevalor et du CEFREPADE) en compost par exemple.
  • « Le meilleur déchet, c’est celui qui n’est pas produit »
  • Il faut prendre en compte le secteur informel qui valorise les déchets dans la filière globale, notamment dans les mobilisations citoyennes.
  • On ne peut pas gagner de l’argent avec les déchets, même si la valorisation existe, il est très difficile de dépasser le seuil de rentabilité.
  • La gestion des déchets est une filière globale, pas seulement de la collecte et du traitement mais aussi de la prévention et de la sensibilisation.

 

Capitalisé par : Marie Osmont

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