Passer d’une association de terrain à une SAS : quelles étapes légales

L'esprit entrepreneurial au service des territoires

Pourquoi envisager une transition de l’association vers la SAS

Au fil de mes années sur le terrain, j’ai souvent vu des associations locales prendre de l’ampleur et réaliser que leur forme d’organisation ne convenait plus à leurs nouvelles ambitions. Le statut associatif offre une souplesse certaine, surtout dans les premières phases où l’on se concentre essentiellement sur la mobilisation de bénévoles ou la gestion de petits financements. Toutefois, lorsque l’activité s’intensifie et que l’on envisage de pérenniser son initiative, les contraintes d’une association peuvent freiner le développement. Dans certains cas, passer à un statut commercial, comme la SAS (Société par Actions Simplifiée), devient une option très pertinente.

Cette mutation légale s’explique souvent par une volonté d’étendre l’impact ou de structurer différemment la gouvernance et les ressources financières. Une association axée sur la solidarité peut, par exemple, vouloir distribuer un produit écologique à plus grande échelle. Si elle souhaite recourir à des investisseurs privés ou signer des contrats plus conséquents avec des entreprises ou des pouvoirs publics, la transition vers une SAS peut s’imposer. Cette forme juridique procure en effet une meilleure crédibilité et facilite l’établissement de partenariats commerciaux. L’enjeu est de ne pas perdre son esprit initial, né dans l’effervescence associative, tout en respectant une gamme d’obligations légales qui peuvent paraître complexes au premier abord.

J’ai notamment accompagné un projet de distribution de paniers de fruits et légumes gérés par une association de quartier au Burkina Faso. Quand la demande a explosé, la nécessité de formaliser des contrats d’approvisionnement et de signer des partenariats avec des collectivités est devenue urgente. Les partenaires économiques exigeaient des garanties et une certaine responsabilité juridique que l’association peinait à assumer. Après réflexion, ses membres ont opté pour la création d’une SAS, tout en veillant à conserver leur caractère solidaire. Ils ont attaché une clause d’impact social à leurs statuts pour marquer leur engagement. Dans cet article, je souhaite partager ces enseignements et vous guider pas à pas afin que vous puissiez, vous aussi, opérer cette transformation sans perdre l’essence de votre mission.

Identifier les principaux enjeux avant de se lancer

La création d’une SAS en remplacement d’une association n’est jamais une formalité anodine. Ce changement revêt plusieurs enjeux essentiels. D’abord, celui de la gouvernance. Dans une association, le pouvoir est souvent reparti entre un bureau et des adhérents bénévoles. La vie démocratique interne peut être très dynamique, mais elle peut aussi manquer de souplesse dans la prise de décision, notamment dès lors qu’un fort développement économique est envisagé. La SAS, quant à elle, permet d’ouvrir la gouvernance à des actionnaires, d’établir une direction plus structurée, voire de nommer un président ou un directeur général en bonne et due forme.

Un deuxième enjeu réside dans la responsabilité financière. La SAS protège le patrimoine personnel des actionnaires, alors qu’au sein d’une association, la responsabilité peut parfois retomber sur le président ou le trésorier si les statuts n’ont pas été pensés de manière adéquate. En revanche, la SAS impose la gestion d’obligations fiscales et comptables strictes, parfois lourdes pour une équipe habituée à fonctionner sur un mode associatif plus informel. Les dirigeants devront donc s’assurer de maîtriser ces aspects avant d’officialiser la transformation.

Enfin, l’un des enjeux majeurs concerne les valeurs sociales et la préservation de la motivation des équipes. Changer de statut peut être perçu comme un renoncement à l’esprit d’entraide qui caractérise souvent les associations. Or, de nombreuses lois et dispositifs existent pour maintenir la mission sociale au cœur de la structure, même sous forme de société commerciale. Le tout est de bien anticiper les discussions en interne et de prendre le temps d’expliquer la transition, afin que les bénévoles et adhérents se sentent toujours partie prenante du projet.

Réaliser un audit interne et fixer des objectifs clairs

Avant d’engager toute démarche juridique, je vous conseille vivement de mener un audit interne. L’idée est d’examiner tous les volets de votre projet : raisons de la transformation, points forts de votre association, défis actuels, perspectives d’évolution et ressources disponibles. Lors de cette phase, impliquez le plus grand nombre possible de membres bénévoles, car leurs retours sont précieux. Ils sont souvent les premiers témoins des enjeux réels sur le terrain, et leur participation renforce la cohésion.

Dans le cadre de l’audit, je vous propose de vous poser plusieurs questions-guides. L’un des grands axes est la soutenabilité financière : est-ce que l’association parvient déjà à financer ses activités ou dépend-elle fortement de subventions saisonnières ? La transformation en SAS répondra-t-elle à un besoin de sécuriser des investissements ? Un autre point clé est la question du marché ou de l’audience visée. Votre initiative est-elle en phase de croissance et nécessite-t-elle un changement d’échelle ? Si la réponse est oui, la SAS pourrait vous apporter des dispositifs adaptés, notamment dans l’octroi de financements extérieurs via l’entrée éventuelle de nouveaux actionnaires.

Ensuite, définissez explicitement les objectifs de la nouvelle structure : conserver une dimension sociale, collaborer davantage avec des acteurs économiques, renforcer votre présence régionale, déployer des antennes dans plusieurs régions… Chaque objectif doit être assorti d’indicateurs quantifiables. Par exemple, si vous vendez des produits équitables, vous pouvez viser la distribution dans 50 points de vente locaux la première année et dans 100 points de vente l’année suivante. C’est sur cette base qu’il sera plus aisé d’apprécier le succès de la SAS et de justifier la pertinence du changement.

Choisir la forme juridique la mieux adaptée

Le statut de Société par Actions Simplifiée ne s’impose pas toujours comme une évidence. Certaines associations souhaiteraient limiter l’entrée de nouveaux partenaires et opteront plutôt pour une SARL (Société à Responsabilité Limitée). Cependant, la SAS offre une liberté statutaire plus grande et s’avère en général plus flexible pour organiser la gouvernance, le capital et la répartition des rôles. Par exemple, un groupe d’anciens bénévoles peut s’accorder pour rédiger des statuts sur mesure, en intégrant des clauses sociales ou environnementales. C’est un atout non négligeable pour préserver votre mission initiale.

Toutefois, la SAS peut aussi être perçue comme un univers nouveau, moins familier que celui de l’association. Penser en termes de parts sociales, de dividendes potentiels ou d’assemblée générale d’actionnaires peut déstabiliser. Je vous conseille de vous faire accompagner par un expert, tel qu’un cabinet juridique ou un consultant ayant déjà navigué entre les logiques associatives et commerciales. Cela permet de bien comprendre les implications légales et fiscales de chaque décision. Vous pouvez par ailleurs consulter une ressource gouvernementale afin d’en savoir plus sur les différents types de statuts et sur les avantages qu’ils présentent.

Gardez en tête l’éventualité de transformations ultérieures. Certaines associations devenues SAS souhaitent, quelques années plus tard, se tourner vers la création d’une holding ou vers une forme coopérative (SCIC, Scop). Si votre but est de fédérer un grand nombre de parties prenantes, cette possibilité future pourrait être un argument pour privilégier la SAS, qui offre une base plus aisée à une réorganisation du capital ou à l’introduction de nouveaux associés.

Respecter les obligations légales de dissolution de l’association

Le passage d’une association à une SAS n’est pas un simple changement de nom. Il exige souvent de dissoudre l’association préexistante, puis de créer la SAS de toutes pièces. Juridiquement, il n’est pas possible de transformer directement l’association en société commerciale, car le Code civil et la loi de 1901 (en France, notamment) ne prévoient pas de telles mutations. Vous devrez donc vérifier attentivement les démarches légales en vigueur dans votre pays ou votre région, car chaque contexte juridique peut présenter des spécificités.

La dissolution de l’association implique de convoquer une assemblée générale extraordinaire, au cours de laquelle les membres votent la dissolution à la majorité requise par les statuts. Généralement, un liquidateur (souvent l’ex-président ou quelqu’un désigné à cet effet) prend en charge la gestion des comptes, le recouvrement des créances, et la distribution du solde selon les règles statutaires. Par exemple, dans nombre de pays, le reliquat financier doit être distribué à une autre association poursuivant le même objet social. C’est un point crucial : si votre association possède encore du matériel ou un fonds de roulement issu de subventions publiques, il peut être nécessaire de le réaffecter à un organisme similaire, sans possibilité de le transférer directement à la SAS pour enrichir son capital.

Cette obligation de transmission du patrimoine associatif peut susciter des interrogations pratiques. Certains entrepreneurs solidaires craignent de perdre des ressources accumulées au fil des ans. Pour contourner le problème, on peut envisager de revendre, à titre symbolique ou à prix coûtant, les actifs à la future SAS. Toutefois, cette manœuvre doit se faire dans le strict respect des lois applicables, afin d’éviter toute accusation d’abus. Renseignez-vous précisément sur les possibilités locales. Dans certains cas, il est plus pertinent d’opter pour la création d’une entité commerciale distincte, tout en maintenant l’association en parallèle pour gérer les volets non lucratifs de votre activité.

Créer la SAS : statuts, démarches et enregistrement

Une fois la dissolution de l’association votée et actée, place à la création de la nouvelle SAS. Sur le plan légal, la rédaction des statuts est l’étape fondamentale. Ces statuts doivent préciser l’objet social, la dénomination, le siège social, la répartition du capital entre les actionnaires, ainsi que l’organisation de la gouvernance. Bien que la loi laisse une grande liberté, je vous recommande d’y insérer des clauses pour rappeler votre engagement social ou environnemental. Cela pourra prendre la forme d’un engagement à reverser une partie des bénéfices à des actions d’intérêt général, ou encore à adopter des pratiques responsables (approvisionnement local, soutien aux cultivateurs, etc.).

En complément, vous devrez désigner le dirigeant ou les dirigeants de la SAS. En règle générale, on nomme un président qui prendra les décisions importantes au quotidien. Lorsque la structure est plus large, un directeur général ou d’autres organes de direction peuvent être créés, selon la complexité du projet. Une fois les statuts rédigés et signés, vous devrez publier un avis de constitution dans un journal d’annonces légales (ou l’équivalent local), puis immatriculer la SAS auprès du registre compétent (Registre du Commerce et des Sociétés, si vous êtes en France).

Certaines pays d’Afrique appliquent des règles similaires, souvent inspirées du droit français, notamment via l’[[OHADA]] en Afrique de l’Ouest et du Centre. Là aussi, le capital de la SAS demeure librement fixé, sous réserve d’un minimum légal parfois dérisoire (de l’ordre de 100 000 francs CFA, soit environ 150 euros). Vérifiez cependant les règles locales concernant la nomination des dirigeants, la publication d’annonces et la responsabilité en cas de dettes. Il convient également de constituer un dossier complet à soumettre au greffe ou équivalent, et de s’acquitter des droits d’enregistrement correspondants.

Protéger son impact social dans la SAS

Il est souvent délicat de concilier l’esprit d’une association à but non lucratif avec l’objectif de rentabilité propre à une société. Pourtant, de nombreux entrepreneurs parviennent à maintenir un cap social ou écologique dans le cadre d’une SAS. L’un des leviers pour y parvenir consiste à inscrire noir sur blanc vos intentions solidaires dans les statuts. Vous pouvez spécifier que la société poursuivra un objet d’intérêt général et fixer des limites à la distribution de dividendes. Cette démarche peut être renforcée par la labellisation (par exemple, en France, le label ESUS, entreprise solidaire d’utilité sociale) si les conditions légales sont remplies.

Une autre approche pour sécuriser votre impact consiste à mettre en place une charte interne acceptée par tous les actionnaires, qui précise les valeurs essentielles : respect de l’environnement, transparence financière, ancrage local, etc. Cette charte, non obligatoire, assure cependant que tout nouvel investisseur aura connaissance de l’éthique de la structure et en respectera les principes. J’ai rencontré le cas d’une SAS paysanne au Sénégal qui a ajouté à ses statuts la nécessité d’organiser chaque année un comptoir paysan, permettant à de petits producteurs de vendre leur récolte à un prix juste. De cette façon, la vocation solidaire n’est pas mise de côté au profit du pur intérêt financier.

Enfin, veillez à communiquer clairement sur votre engagement. Vos bénévoles, devenus des partenaires ou des salariés, doivent comprendre qu’en passant au statut de SAS, vous ne reniez pas le socle associatif qui vous a constitué. Impliquez-les dans la rédaction des engagements, dialoguez avec eux au sujet des conséquences de la forme commerciale, et démontrez que cette transition vous permettra d’élargir l’impact tout en conservant l’âme de la structure. La transparence est ici un outil de cohésion et de légitimité auprès de toutes les parties prenantes.

Gérer l’aspect fiscal et social de la transition

En quittant le régime associatif, vous allez entrer dans un univers où les charges fiscales et sociales sont parfois plus lourdes. Contrairement à une association, une SAS est soumise à l’impôt sur les sociétés, dont le taux peut varier selon les évolutions législatives. C’est un point à anticiper dans votre budget prévisionnel, afin de ne pas vous trouver pris au dépourvu. Vous devrez également vous conformer à la réglementation en matière de TVA, si votre chiffre d’affaires dépasse un certain seuil (ou même dès le premier euro, dépendant des régimes fiscaux locaux).

Sur le plan social, le dirigeant de la SAS est généralement affilié au régime général (en France) ou équivalent, avec un niveau de protection souvent plus complet que celui d’un gérant de SARL. Cela implique également des cotisations sociales plus élevées, ce qui peut peser sur le coût global de votre nouvelle structure. Vous devrez recruter du personnel ? Prévoyez donc un budget pour les charges salariales, les déclarations obligatoires et la gestion de la paie. Par ailleurs, si vous conservez quelques bénévoles dans le cadre d’actions ponctuelles, la frontière entre bénévolat et salariat doit être clairement définie, afin d’éviter toute requalification potentielle de la part des organismes de contrôle.

Je vous résume ci-dessous quelques points forts à vérifier tant sur le plan fiscal que social :

  • Impôt sur les sociétés : taux, abattements éventuels et obligations de déclaration.
  • TVA : seuil de facturation, régimes possibles (réel simplifié, réel normal…).
  • Cotisations sociales : calcul, organismes collecteurs, déclarations périodiques.
  • Gestion de la paie : bulletins de salaire, contrats de travail, obligations légales.

N’hésitez pas à prendre contact avec un cabinet comptable ou un expert indépendant pour établir un prévisionnel de trésorerie. Cela vous permettra d’appréhender finement l’évolution de vos coûts et de faciliter le suivi financier une fois la SAS opérationnelle.

Impliquer les bénévoles et adhérents dans le virage

S’il y a bien un point que je juge déterminant dans la réussite d’une telle transition, c’est la gestion du volet humain. Les bénévoles, anciens adhérents ou sympathisants associatifs, peuvent ressentir de l’incompréhension devant un basculement perçu comme une « marchandisation » du projet. Rassurez-les en mettant en avant votre continuité de valeurs. Expliquez pourquoi la SAS vous permettra d’aller plus loin dans votre mission. Soulignez la possibilité d’innover et d’obtenir des financements plus importants, ce qui renforcera votre impact social à long terme.

Concrètement, prévoyez un temps d’échanges collectif, par exemple une réunion de « closing associatif », durant laquelle vous réexpliquez la situation, le bilan de l’association et les perspectives offertes par la SAS. Invitez chacun à poser des questions et répondez de manière transparente. Il peut être rassurant de proposer à quelques bénévoles une place symbolique au capital de la SAS, de sorte à garder une implication collective vivante. Veillez toutefois à formaliser cette participation, car l’entrée au capital implique des apports financiers et des responsabilités légales engagements qui sont différents du simple bénévolat.

Autre point important, la communication externe. Les partenaires institutionnels ou financiers peuvent aussi se demander si la nature du projet va se modifier. Une stratégie de communication proactive, indiquant que le cap social reste le même, peut grandement aider à préserver la crédibilité acquise sur le terrain. D’expérience, j’ai vu des projets perdre certains partenaires publics au moment du passage à la SAS, car une collectivité manifestait davantage d’intérêt pour les dispositifs strictement associatifs. Pour éviter ces déconvenues, anticipez les discussions avec vos financeurs, présentez-leur en détail la nouvelle structure et mettez en avant que l’objet social demeure.

Financer la transition et sécuriser la trésorerie

Le passage à la SAS peut s’accompagner de frais annexes : dissolution de l’association, formalités d’immatriculation, rédaction des statuts, publication légale, etc. Si, dans certains pays, ces frais sont relativement modestes, il faut néanmoins prévoir une enveloppe pour le conseil juridique, la comptabilité ou encore la rémunération éventuelle du dirigeant. La question de la trésorerie de la future société est donc importante. Une SAS, contrairement à une association, peut lever des fonds auprès d’investisseurs privés ou de partenaires commerciaux. Or, vous devrez négocier ces entrées au capital avec prudence si vous souhaitez conserver un contrôle majoritaire et respecter votre finalité sociale.

Outre le capital social initial, renseignez-vous sur les aides publiques ou parapubliques visant à soutenir l’entrepreneuriat social. Parfois, une reconversion d’association en société peut bénéficier de subventions spécifiques ou de prêts d’honneur. Certes, vous perdrez potentiellement l’accès à certaines subventions strictement réservées aux associations, mais vous gagnerez la possibilité de faire entrer de nouveaux actionnaires, voire d’émettre des titres participatifs si la législation de votre pays le permet.

Une astuce : concentrez-vous sur des partenaires alignés sur vos valeurs. Privilégiez des financeurs qui ne chercheront pas à maximiser leur retour sur investissement au détriment de votre mission. Cela peut être des sociétés d’investissement à impact, des fonds solidaires, ou encore des organismes de microfinance adaptés à l’entrepreneuriat social. L’important est de maintenir une cohérence dans la recherche de financements, pour éviter une divergence entre vos objectifs solidaires et les exigences purement financières de certains investisseurs plus classiques.

Anticiper la phase post-transformation

Une fois la SAS créée et l’engrenage légal enclenché, de nouveaux défis se profilent. Sur le plan opérationnel, vous devrez adopter une gestion plus stricte et professionnelle : facturation, relances clients, comptabilités plus complexes, plan marketing et communication, etc. C’est ici que l’esprit associatif peut s’avérer un atout : l’expérience de terrain, le bénévolat, l’implication communautaire restent des forces pour animer votre projet. Mais dorénavant, vous devrez concilier cet engagement de proximité avec les obligations de reporting et de rentabilité exigées par la forme commerciale.

Pensez également à la formation de vos équipes. Certains bénévoles voudront peut-être acquérir des compétences nouvelles pour occuper un poste salarié au sein de la SAS. D’autres préféreront se retirer, considérant que les valeurs ont changé. Dans tous les cas, il faut soutenir les transitions individuelles. Cela peut passer par des ateliers de formation pour découvrir la comptabilité analytique, la législation du travail, ou encore la gestion de la relation client. Votre capital humain est précieux : c’est lui qui assurera la pérennité et l’authenticité de votre mission.

Ne négligez pas la question de la communication auprès du grand public et des bénéficiaires finaux, surtout si vous développez une offre de biens ou de services. Les gens qui vous connaissaient sous forme d’association pourraient être surpris de découvrir votre nouveau statut. Réaffirmez votre identité, démontrez que vos engagements sont toujours au centre de votre activité, et soulignez les éléments concrets qui prouvent votre sérieux (accréditations, partenariats reconduits, feedbacks positifs, etc.). Cette visibilité et cette transparence contribueront à asseoir votre position sur le marché, tout en maintenant l’image de proximité qui vous différencie de certains concurrents.

Adapter la gouvernance : du bureau associatif à l’assemblée générale de SAS

L’un des changements les plus marquants concerne la manière dont les décisions collectives se prennent. Dans l’association, les adhérents votent lors d’assemblées générales, tandis que le bureau exécute le mandat reçu. Dans une SAS, le pouvoir décisionnel peut être concentré dans les mains du président et du comité de direction, surtout si la répartition du capital est inégale. Il est alors essentiel de formaliser, dans les statuts ou dans un pacte d’actionnaires, les modalités de consultation et de vote. Peut-on imaginer un fonctionnement participatif qui inclut quelques représentants des anciens bénévoles et des salariés ? Oui, c’est possible grâce à la souplesse des statuts de la SAS.

Par exemple, j’ai accompagné une structure de collecte de déchets plastiques à Madagascar, initialement associative, qui a choisi de créer un conseil consultatif regroupant d’anciens bénévoles, des élus locaux et des partenaires techniques. Même si seules les assemblées générales d’actionnaires et les décisions du président ont une force légale, ce conseil consultatif se réunit deux fois par an pour discuter des orientations stratégiques. Cette instance a permis à l’équipe de conserver l’esprit « collectif » qui a fait sa force, tout en s’adaptant aux contraintes juridiques de la nouvelle entité commerciale.

Exemples concrets et conseils pratiques pour réussir

Pour illustrer concrètement la transition d’une association vers une SAS, je vous propose quelques cas pratiques que j’ai pu rencontrer. L’objectif est de vous montrer que chaque situation est spécifique, mais que certaines bonnes pratiques peuvent être reproduites :

  1. Le centre de formation agricole : Au départ, une association locale transmettait des savoir-faire agricoles à de jeunes exploitants. Avec la hausse de la demande et l’obtention de contrats de formation avec des ONG, le statut associatif ne suffisait plus à gérer le flux financier et à professionnaliser l’offre. La solution a été de mettre en place une SAS avec un président salarié et des formateurs rémunérés. Toutefois, pour préserver l’esprit initial, un comité éthique associant d’anciens bénéficiaires s’est constitué.
  2. La coopérative de femmes artisans : Dans un pays où l’artisanat féminin se développe, une association voulait commercialiser les produits au niveau international. Les douanes et les partenaires étrangers exigeaient la signature de contrats commerciaux. La transformation en SAS a ouvert la possibilité de facturer légalement, d’obtenir des crédits auprès d’une banque et de contourner certaines limitations imposées aux associations. Afin de maintenir le soutien communautaire, les femmes se sont organisées en un collectif qui détient une partie des actions, tandis que les bénéfices sont en partie réinvestis dans des actions de formation continue.

Au-delà de ces exemples, voici mes conseils pratiques pour mettre toutes les chances de votre côté :

Tout d’abord, entourez-vous de personnes compétentes dès le départ, notamment d’un juriste spécialisé et d’un expert-comptable. Ensuite, ne négligez pas la communication et l’écoute : prévoyez des réunions régulières pour expliquer votre démarche et répondre aux inquiétudes. Simplifiez la lecture de vos statuts en soulignant les articles-clés, comme l’objet social et la gouvernance, afin que tout le monde comprenne comment la SAS va fonctionner. Enfin, fixez-vous des objectifs réalistes à court terme pour rassurer vos partenaires (ex. : consolider d’abord les équipes, signer un premier gros contrat, mettre en place une plateforme de vente en ligne, etc.).

Se lancer en toute sérénité

Passer d’une association de terrain à une SAS requiert une démarche réfléchie, un état d’esprit ouvert à l’innovation et une solide préparation. Il est naturel que cette métamorphose soulève des questions, que ce soit d’ordre légal, financier ou humain. En anticipant les différentes étapes — dissolution ou réorientation de l’association, création de la SAS, mise en place d’une gouvernance adaptée, préservation de l’impact social, gestion fiscale et sociale, etc. — vous vous donnez la meilleure chance de réussir. De mon expérience, la clé réside dans une communication transparente à tous les niveaux et dans un accompagnement solide, aussi bien sur les aspects juridiques que sur la conduite du changement auprès de vos équipes.

Gardez toujours à l’esprit ce qui vous motive : le désir de pérenniser votre projet, d’atteindre davantage de bénéficiaires ou de vous ouvrir à de nouvelles opportunités économiques. Il ne s’agit pas de renier l’esprit associatif qui vous a porté jusqu’ici, mais de trouver un nouveau cadre juridique permettant de soutenir vos ambitions. Cette transformation peut se révéler un atout considérable pour votre structure, à condition de rester fidèle à vos valeurs et de mener des démarches rigoureuses. Si vous parvenez à concilier la réussite économique et l’engagement local ou social, vous démontrez que l’entrepreneuriat peut servir le développement solidaire des territoires, dans la droite lignée de votre ancienne association.

Alors, si vous vous sentez prêt à franchir ce cap, n’hésitez pas à vous entourer des professionnels adéquats, à solliciter d’anciens bénévoles désirant rester impliqués, et à ouvrir de nouvelles formes de partenariats. C’est tout l’enjeu d’une transition réussie : continuer à faire grandir votre impact positif tout en vous dotant de nouveaux moyens d’action. Personnellement, je considère ce type d’évolution comme un passage passionnant de maturité, qui consolide l’esprit pionnier des initiatives locales et leur permet de rayonner durablement. C’est ce que je vous souhaite de tout cœur dans vos projets !

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